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Tag : Nueva Fotografía

International Institute of Sociocritics
XVII Congreso del Instituto Internacional de Sociocrítica.
Université Paul-Valéry (Montpellier)

El Instituto Internacional de Sociocrítica publica un ensayo sobre “Representanción” y “Alter Retrato” en la obra de los artistas Martín Sampedro y Ray Gropius.

Escrito por Magali Dumousseau Lesquer, Université Paul-Valéry (Montpellier), el ensayo aborda aspectos del transhumanismo y las nuevas posibilidades que ofrecen los entornos digitales como medio de creación artística, representación e identidad. A partir del concepto “alter-retrato” desarrollado por el fotógrafo Martín Sampedro. El análisis destaca dos obras de arte digital: LATEИTE de Martín Sampedro y Metaversal Drawinngs de Ray Gropius.


Texto completo del ensayo

LA REPRESENTACIÓN

Magali Dumousseau Lesquer

Réflexions autour du concept de álter-retrato dans l’art numérique à partir de l’analyse des vidéos LATEИTE (2018) de Martín Sampedro et Metaversal drawing (2017) de Ray Gropius.

Résumé

Cet article propose une réflexion sur les nouvelles possibilités de représentation offertes par la programmation en tant que médium de création artistique, à partir du concept « d’alter-portrait » développé par le photographe Martín Sampedro et de l’analyse de deux réalisations d’art numérique : les vidéos LATEИTE (2018) de Martín Sampedro et Metaversal drawing (2017) de Ray Gropius.

Abstract

Based on the analysis of two digital art works – Martín Sampedro’s LATEИTE videos (2018) and Metaversal drawing (2017) by Ray Gropius – this essay uses the concept of ‘alter-portrait’ coined by photographer Martin Sampedro to examine the new possibilities offered by programming considered as a medium for artistic creation.

Resumen

Este artículo propone una reflexión en torno a las nuevas posibilidades de representación facilitadas por la programación como lenguaje de creación artística, basándose en el concepto de « álter retrato » desarrollado por el fotógrafo Martín Sampedro y el análisis de dos creaciones de arte digital : los vídeos LATEИTE (2018) de Martín Sampedro y Metaversal drawing (2017) de Ray Gropius.

Table des matières

I. L’álter-retrato révélateur d’identité : une expansion transhumaineII. L’álter-retrato constructeur d’identité : une (re)créationIII. L’álter-retrato brouilleur d’identité : l’ego morceléConclusion

Texte intégral

1 Les nouvelles technologies, notamment la création d’images virtuelles en 3D ou plus récemment les images de réalité augmentée, modifient notre façon d’appréhender le réel. L’utilisation des TIC1dans le domaine de l’art permet ainsi de nouvelles possibilités de création d’images et donc de représentation. L’analyse des vidéos LATEИTE (2018) de Martín Sampedro et Metaversal drawing (2017) de Ray Gropius, à partir du concept de álter-retrato développé par Sampedro et qui faciliterait, par la création de personnages virtuels, la représentation « d’autres dimensions de notre existence » (Sampedro, 2015, p. 10), nous amènera à questionner l’appropriation, par ces artistes contemporains, des nouvelles possibilités de représentation offertes par la programmation en tant que médium de création artistique. Un « alter-portrait », né du progrès technologique, expansion contemporaine des capacités de représentation des individus, qui permettrait, selon Sampedro et Gropius, d’entrevoir dans la transparence de modèles mis à nus, au-delà de la représentation spéculaire superficielle, la matérialisation des images produites par notre « caméra subjective » (Sampedro, 2015, p. 10), celle de l’inconscient, mais qui s’avère tout à la fois révélateur, constructeur et brouilleur d’identité(s).

2 Martín Sampedro et Ray Gropius se présentent comme deux artistes contemporains qui se consacrent, selon leurs propres termes, au Computer Art, c’est-à-dire aux créations graphiques combinant art, design et technologies. L’appellation Computer art, qui désigne l’art fait à l’ordinateur, remonte aux années soixante. À partir des années 2000, suite au développement des technologies de simulation, sont plus volontiers employées des expressions telles qu’« art virtuel », « cyber art » ou désormais « art numérique » pour qualifier « toute œuvre d’art réalisée à l’aide de dispositifs de traitement automatique de l’information » (Couchot, Hillaire, 2003, p. 38).

3 Ray Gropius, dont le nom d’artiste convoque ceux de Walter Gropius, architecte designer fondateur du Bauhaus, et de Man Ray, photographe et réalisateur dadaïste et surréaliste, est un artiste qui ne communique que via Internet sans publier toutefois de données personnelles2. Il a réalisé de nombreuses vidéos qui sont autant de travaux hybrides mêlant dessins, photographies et images virtuelles, dont Metaversal drawing, réalisée en 2017, que nous avons retenue pour cette étude. Cette vidéo présente un enchainement de modèles et structures constitués d’un réseau de lignes et de points basé sur des calculs mathématiques complexes. Ce processus permet la représentation, toute en transparence et superpositions, d’éléments artefactuels (êtres humains, animaux, objets, plantes, parties de corps humains…) nés de l’imagination créatrice de l’artiste.

4 Martin Sampedro, est considéré comme le précurseur du Copy Art3 dans les années quatre-vingt et l’un des pionniers de la photographie numérique, en Espagne. Photographe publicitaire de formation, il a reçu plusieurs prix internationaux4. Il a fréquenté assidument le studio du portraitiste de la Movida5 et prix national de la photographie 2006, Pablo Pérez Mínguez, qu’il amènera à la photo numérique à travers le projet Íconos PPM en 2010. La vidéo intitulée LATEИTE existe sous plusieurs versions notamment une version longue6 qui présente le catalogue de l’exposition photo LATEИTE, et une version courte7 réalisée en 2018, reprenant ces mêmes clichés accompagnés d’un poème écrit et lu par le poète argentin Leandro Taub, qui est celle retenue dans notre corpus. Ces vidéos sont réalisées à partir d’une exposition de photos éponyme présentée à la Galerie Mondo8, qui commence par une série de portraits individuels, puis met en scène des représentations d’histoires sexuelles (mise en scène de pratiques sexuelles) et sociales (corps malades, vieillissants, mutilés, amplifiés, stéréotypes), avant de s’achever sur une œuvre magistrale intitulée El rapto de Europa. Sampedro utilise lui aussi les nouvelles technologies à travers la conception numérique des personnages représentés sur les photos et sur la vidéo (à l’exception des deux personnes âgées qui apparaissent à la fin, à l’entrée d’une grotte) mais aussi par l’invitation faite au public de révéler lui-même des images présentées sous l’apparence de négatifs, grâce à son smartphoneet à un tutoriel pour iPhone et Android qui permet de préparer l’appareil à cette révélation.

I. L’álter-retrato révélateur d’identité : une expansion transhumaine

5 Les vidéos de Gropius et Sampedro posent la problématique de la représentation dans l’art à partir de l’outil numérique, et notamment de la représentation de l’individu. Elles prolongent les réflexions antérieures des photographes autour de la difficulté de réaliser, à l’aide de la photo argentique, un portrait qui ne soit pas uniquement ressemblant mais aussi représentatif de l’identité et de la personnalité du modèle, notamment grâce à la possibilité d’intervenir sur le cliché à travers le choix de l’exposition, des couleurs, de la mise en scène, de certains effets spéciaux (variation de focale, flou) et de retouches en laboratoire. Ainsi le photographe Pablo Pérez Mínguez, dont les travaux ont fortement influencé Martín Sampedro, soulignait-il9 que la photographie, qui ne représente pas la réalité parce que la réalité n’existe pas et qu’il faut l’inventer, doit montrer « les entrailles » du modèle en parvenant à franchir ce qu’il appelait « les trois montagnes » : la montagne esthétique, la première, à laquelle tout le monde accède avec facilité ; la seconde, qui implique un effort à la fois de la part du modèle afin de se livrer sans retenue ni tabou et du photographe pour amener se dernier à surmonter ses réticences et à se dévoiler sans filtre, renferme la laideur et représente la chambre noire où personne ne veut aller et qu’il faut atteindre en pleurant, avec un tatouage douloureux, un vêtement déchiré… Et enfin la troisième où la magie opère, lorsque la beauté et la laideur se rejoignent. C’est pourquoi il considérait le portrait comme « une réinvention » impliquant une « déconstruction » préalable à la « reconstruction » c’est-à-dire à la mise en lumière de ce que chacun cache en lui. Pour le photographe Alberto García Alix, dont les premiers clichés illustrent également la Movida madrilène dont ils révèlent le côté sombre, l’appareil photo est un médium puissant et redoutable car il « oblige à regarder », à questionner ce que l’on est réellement en train de voir, permettant de relever le « défi de la pression de l’indicible qui veut être dit » (García Alix, 2008, p. 234), de « mieux comprendre et de s’approcher de la limite » pour révéler ainsi des « présences invisibles » (García Alix, 2008, p. 99). Ces deux réflexions soulignent la fonction de « révélation » de la photographie argentique à travers la capacité du photographe à « révéler », au propre et au figuré, l’image qu’il souhaite donner de ses modèles. Une révélation de l’intime, du caché, de l’enfoui qui semble être la quête ultime du photographe, parfois vaine, et qui apparait comme laborieuse car demandant une totale implication à la fois du sujet et du photographe. Ces considérations relativisent « l’effet de réalité » (Marin, 1994, p. 242) associé à la photographie qui, réduite au simple reflet de l’apparence extérieure du sujet ou de l’objet, ne donnerait qu’une représentation incomplète ou imparfaite du modèle.

6 Ce même désir de montrer l’invisible hante les productions vidéo de Martín Sampedro et de Ray Gropius, et particulièrement les deux travaux retenus dans notre corpus qui tentent, par le recours aux nouvelles technologies, de parvenir à dépasser la fonction de miroir et de représentation que l’on voudrait fidèle de l’image rétinienne à laquelle a souvent été réduit le portrait iconographique (peinture, pastels du XVIIe, photos d’identité…). Le numérique, en proposant de nouvelles possibilités de création, contribue en effet pleinement à ce que Couchot et Hillaire définissent comme « une crise de la représentation » et du « modèle de l’art hérité d’Aristote et qui veut que l’imitation, la mimèsis, en constitue le sens et la fonction la plus haute » (Couchot, Hillaire, 2003, p. 16-17). Cette remise en question commencée dès le début du XXe siècle serait également une crise du progrès. La question posée par Pérez Mínguez, García Alix et désormais Sampedro et Gropius, est donc de savoir ce que l’on entend représenter lors de la réalisation d’un portrait, qu’il s’agisse d’images fixes révélées dans l’obscurité du laboratoire ou d’images numériques, créées par ordinateur et bien souvent animées.

7 La vidéo LATEИTE commence ainsi par un portrait en négatif, flou, avant que ne se fasse la mise au point ; puis s’enchainent divers portraits, toujours en négatif, qui finissent tous par une focalisation au niveau du regard. Apparait ensuite le reflet déformé des visages d’un couple se regardant dans une boule de cristal, qui passe soudainement du négatif au positif. La présentation d’un corps féminin difforme, doté de huit seins, marque le passage à la couleur et le début d’un voyage à l’intérieur de ce corps, qui se morcèle et dans lequel nous fait pénétrer un couple de décharnés que nous suivons jusqu’au cœur de la matrice, dans un utérus dont les parois renvoient des images de couples nus, en négatifs, de corps féminins offerts et de corps masculins en érection. Ces corps ont une plastique parfaite et appellent au désir, tout comme ceux présentés dans la vidéo Metaversal drawing de Gropius dans laquelle se mêlent des paysages, des édifices, des objets, des animaux et des êtres humains formés d’éléments géométriques de treillis, tout en transparence.

8 Nous retrouvons dans ces deux vidéos les mêmes textes sémiotiques : extérieur/intérieur, surface/profondeur, transparent/opaque, lumière/obscurité, déconstruction/reconstruction, caché/révélé, négatif/positif, associés à la notion de pénétration. Elles posent ainsi la question de la représentation en opposant la représentation miroir, orientée par des canons esthétiques, et la représentation de la personnalité, cette lutte intérieure entre les pulsions et les contraintes culturelles. Ainsi les portraits de LATEИTE à la plastique parfaite et à qui sont attribués des noms grecs, ou les Bimbos représentées par Gropius, non différenciables des poupées qu’il présente dans leur boite d’emballage illustrent une image stéréotypée répondant aux canons d’une époque. Ce questionnement sur la représentation rejoint les travaux de Pablo Pérez Mínguez qui souhaitait à travers un processus de « désétiquetage10 » supposant la mise à nu du modèle et sa libération des conventions sociales, libérer la photographie espagnole du simple effet de réalité afin de révéler une identité refoulée, inhibée par l’uniformisation et les valeurs morales. C’est pourquoi il comparait son studio au cabinet du docteur Freud dans lequel les modèles se limpiaban de leur ego et du narcissisme notamment grâce au regard hypnotique11 de la caméra. La personnalité, selon Freud, est structurelle et organisée autour du Moi qui propose des objets de satisfaction et refoule les désirs inacceptables. Il est l’intermédiaire entre le Ça, constitué des forces pulsionnelles et régi par le principe de satisfaction du plaisir, et le Surmoi qui représente les interdits intériorisés, l’influence de la norme ou des lois issues de l’éducation et de la culture. Le Moi, n’est donc pas observable au sens où il échappe à notre vue et à la représentation photographique. C’est pourquoi Sampedro et Gropius tentent, par la création d’avatars et l’utilisation d’un ersatz d’imageries médicales, de pénétrer le non-conscient et de représenter des pulsions archaïques animées par la satisfaction d’un désir non refoulé. La multitude d’images de pénétration, d’érections et d’utérus proposées dans LATEИTE, de femmes transparentes et d’un utérus dans Metaversal drawing, ne serait alors que la représentation fantasmée de la fin de la castration imposée par le Surmoi. Cette pénétration virtuelle au plus profond de la matrice, jusqu’à la grotte, afin de faire remonter l’invisible à la surface, signifierait non seulement rendre présents (du latin repraesentare « mettre devant les yeux ») le refoulé, les interdits, mais les identifier en les exhibant, selon la définition que Louis Marin donne du verbe « représenter12 ». Version contemporaine du cadavre exquis, des collages et de l’écriture automatique pratiqués par les surréalistes, mais surtout des œuvres photosensibles de Man Ray dont on note l’influence dans la vidéo de Gropius, la réalité virtuelle deviendrait le médium de la révélation du non-conscient, donc une expansion des limites des capacités humaines et de l’individu lui-même, comme le souligne le titre du poème de Leandro Taub qui accompagne LATEИTE : « Martín Sampedro, un guerrero que permite nuestra expansion ». L’álter-retrato, celui qui simule cet autre moi enfoui, serait une représentation nettoyée de toutes les contraintes culturelles inhibitrices et la représentation d’un homme exubérant, déchargé du poids de la culpabilité mais aussi de par sa réalité numérique, de son caractère de mortel ; un homme augmenté et immortel, transhumain. L’artisan de ce que Sampedro définit comme une « nouvelle photographie », une « photographie fantastique », un « réalisme magique » et même un esperpento en référence à Valle-Inclán, véritable créateur d’images, aurait désormais le pouvoir d’aller au-delà de la réalité pour explorer et représenter ce qui jusqu’alors était irreprésentable, cet invisible recherché par Pérez Mínguez et García Alix : l’álter-retrato. Ces représentations peuvent apparaitre, de fait, comme plus complètes puisqu’elles dépassent la « première montagne », qui est celle de l’esthétique et de l’apparence physique. L’image virtuelle traduirait alors une représentation subjective que chacun se fait de son identité et qui demeure souvent inconsciente, sans autre possibilité d’expression. Elle matérialiserait ainsi, selon Sampedro, les images du film de notre caméra subjective :

Los recuerdos, los conceptos y los sentimientos tienen la apariencia de una fotografía, aunque no interceda la cámara ni se pulse un disparador para capturar el instante. Lo que creemos hacer de forma consciente, lo hace nuestra mente con naturalidad de forma inconsciente, sin cámara, revelados ni retoques. La cámara subjetiva siempre va encendida, trabajando en crudo para entregarnos algo no meramente retinal ; de ahí mi vocación impura de cocinar las imágenes para extremar la subjetividad. (…) Por fin podemos fotografiar lo inexistente, elevar la mirada más allá de lo evidente y construir una realidad sin miedo al derrumbe. (Sampedro, 2015, p. 11)

9 De même Gropius cherche-t-il, à travers ses meta-dibujos à « révéler, comme à travers l’usage d’un rayon X, les besoins, les croyances et les fantasmes de la société contemporaine, à synthétiser les désirs conscients et inconscients13 ». En ce sens, l’utilisation de la lumière est particulièrement intéressante dans ces deux créations. Dans Metarversal Drawing les images sont créées à partir de faisceaux lumineux sur un fond qui peut varier mais qui finit toujours par s’éclaircir pour devenir rose pastel afin de permettre le jeu de la transparence. Dans LATEИTE, les portraits sont présentés sous forme d’épreuves négatives, c’est-à-dire aux valeurs chromatiques inversées par rapport à l’image d’origine, qui est l’image rétinienne. L’épreuve négative correspond, en photographie, à un « artefact réellement obtenu dans la chambre noire » (Frizot, 1998, p. 1), artefact qui disparaît dans le processus de création d’images virtuelles. Paradoxalement la couleur apparait généralement, dans LATEИTE, dans les clichés révélant l’intérieur du corps humain. Sampedro procède ainsi à une inversion de la perception naturelle qui associe d’une part couleur-lumière et positif, et d’autre part gris-obscurité et négatif, la lumière étant ici associée à la représentation de l’intérieur et l’obscurité à celle de l’extérieur. Une mise en lumière qui est laissée chez Sampedro au désir et à la responsabilité du public qui peut choisir, ou non, de révéler les images négatives grâce à son smartphone, d’où le titre de la vidéo, LATEИTE, qui s’applique à ce qui existe sans être apparent mais qui peut à tout moment se manifester. Dans le domaine de la photographie, plus précisément, cet adjectif définit l’image portée sur une surface sensible en attente d’un traitement pour devenir apparente. Mais il est intéressant de remarquer qu’il est aussi utilisé en biologie afin de désigner un caractère virtuel dont la manifestation est momentanément bloquée. C’est ce que signifie le и inversé de LATEИTE, qui représente l’inverse, l’autre côté des choses, tout en rendant hommage à la revue Nueva LEИTE, grâce à laquelle Pablo Pérez Mínguez et Carlos Serrano envisageaient, en 1971, de libérer la photographie espagnole de l’unique fonction qu’elle assurait sous la dictature, à savoir, selon Pablo Pérez Mínguez « répertorier l’existant ». Les nouvelles technologies participeraient donc à l’utopie transhumaniste de l’humain augmenté en donnant à l’homme, au-delà du recours aux prothèses et autres compléments repoussant les performances physiques du corps humain, la capacité de représenter, donc de rendre présent, l’invisible, le non-conscient.

II. L’álter-retrato constructeur d’identité : une (re)création

10 Ces deux vidéos ne reposent pas sur l’effet miroir de l’image photographique puisqu’elles présentent des objets ou des individus créés par ordinateur, sous la forme de négatifs (Sampedro) ou de maillages filaires14 (Gropius). Dans les deux cas, il s’agit de représentations incomplètes qui demandent à être révélées (pour les négatifs) ou achevées (pour les structures), revendiquant par là-même le fait de n’être que des constructions et non une image spéculaire respectant au plus près la réalité. Il s’agit là d’un parti pris qui rejoint celui de Pablo Pérez Mínguez pour qui la réalité n’existe pas et doit être créée. Bien que les techniques numériques utilisées par Sampedro et Gropius soient différentes, tous deux nous transportent dans des univers peuplés d’hommes et de femmes nus ou réduits à l’état de maillages, dont la plastique correspond aux canons mis en avant dans la presse people ou pornographique, dans laquelle la réalité des corps est désormais une réalité virtuelle, réinterprétée grâce à divers procédés de modification de l’image. Ils insistent ainsi volontairement sur l’aspect factice des images, créées puis diffusées grâce aux nouvelles technologies de la communication, qui modifiées, manipulées ne correspondent en rien à la réalité. Le portrait que le sujet représenté et l’artiste créateur vont proposer, est désormais une image recréée en fonction de l’intention des deux auteurs qui disposent d’une infinité de possibilités pour représenter ce qui va être une interprétation du modèle et non plus une restitution spéculaire. De fait, on peut opposer à Sampedro que ces représentations de l’inexistant ou du non-conscient restent bel et bien des constructions intellectuelles. Tout comme la photo argentique est construction, on passe ici de l’empreinte lumineuse à l’échafaudage d’un modèle par algorithmes, autrement dit à un façonnage qui rapproche le travail de création numérique en 3 D de celui du sculpteur.

11 Les nouvelles technologies font dès lors des représentations de véritables constructions, des re-créations chargées des intentions conscientes et inconscientes du sujet représenté et de l’artiste représentant, ou du seul artiste lorsqu’il représente un objet. Pour constituer ces « alter-portraits », et ces « meta-dessins », Sampedro et Gropius vont chercher matière au plus profond de l’individu. Tous deux nous invitent ainsi à pénétrer à l’intérieur même des modèles, à travers des jeux de transparence, de superpositions ou d’exploration. Le concept d’immersion n’est pas à prendre ici au sens que lui attribuent les techno-sciences à savoir, avec un angle de vue à 110° comme le permettent les masques de réalité virtuelle, malgré le titre Metarversal drawing qui convoque le terme de « métavers15 » (contraction de l’anglais meta univers) qui sont des univers virtuels immersifs qui ont un niveau élevé d’interactivité grâce à l’utilisation d’avatars, c’est-à-dire d’alter ego virtuels. Il s’agit ici d’une plongée dans un univers inaccessible à la vue, l’image rétinienne s’arrêtant à la surface des objets. Pour cela, les univers créatifs de Gropius et Sampedro empruntent à l’imagerie médicale : les oscilloscopes permettant de visualiser une tension électrique et les impressions de prothèses en 3D chez Gropius ; la radiographie, l’endoscopie, les corps décharnés, le scanner ou autres procédés permettant une vue en 2 ou 3 dimensions de l’intérieur du corps, chez Sampedro. Les corps représentés sont à la fois des corps sains, à la plastique parfaite, mais aussi des corps mutilés auxquels on a retiré un sein, augmentés de deux bras ou de six seins supplémentaires, ou malades comme le laissent entendre des taches noires rappelant, sur certains, les symptômes du VIH.

12 Fruits de ces reconstructions, les corps proposés par Sampedro apparaissent ainsi comme recomposés, amputés, augmentés, écorchés ou superposés. Ceux des personnages de Gropius, faits de connexions filaires, dévoilent les organes ou les structures osseuses internes d’individus qui, telles des poupées russes, renferment plusieurs corps en un dans lesquels sont incrustés des bijoux et autres compléments vestimentaires. Le résultat de ces reconstructions, représentations supposées d’un non-conscient qui ne serait plus censuré, donne libre cours aux fantasmes : des corps à l’esthétique parfaite ou au contraire, aux organes diminués, augmentés, multipliés, se pliant sans inhibition à toutes les pratiques sexuelles. Elles illustrent les principes du transhumanisme selon lesquels l’homme serait un être transitionnel, en constante évolution, composé d’éléments modifiables, chaque individu devenant « son propre entrepreneur, le constructeur de son corps » et le vivant, « une simple affaire de connexions » (Damour, 2015, p. 42) comme le matérialisent précisément les structures dites « de connexions » utilisées par Gropius.

III. L’álter-retrato brouilleur d’identité : l’ego morcelé

13 Apparaissent également, en surimpression sur la vidéo, des mains colorées qui essaient de saisir cet inexistant recherché par García Alix et Pérez Mínguez, qui semble désormais à portée de main grâce au numérique, mais qui reste insaisissable, les représentations, multiples et fugaces, défilant sans cesse à l’écran. Car ces deux vidéos nous donnent une vision dynamique de la représentation des sujets qui deviennent fluides, ce qui correspond à l’utopie transhumaniste qui voudrait, selon Franck Damour, que l’identité ne soit « pas claire, incarnée, mais flottante, sans limites précises […] l’expérience que le moi ne coïncide pas avec un seul état de son corps » (Damour, 2015, p. 83), conduirait à la « déconstruction du sujet ». Plus que de simples représentations, il s’agit ici de manifestations d’identités mouvantes et changeantes : les corps qui fusionnent et les morceaux de corps insaisissables semblent annoncer une désintégration identitaire rendant impossible toute identification, génératrice de malaise et d’égarement, à l’instar de ces individus roses et bleus, aveugles dans LATEИTE, qui cherchent leur chemin, désorientés, alors que les personnages fugaces de Metaversal drawing donnent l’impression d’être créés instantanément par des faisceaux lumineux sous les yeux du spectateur, avant de s’effacer pour laisser place, continuellement, à d’autres formes. Il est établi depuis Freud et Lacan, que l’identité du sujet se construit en fonction du regard de reconnaissance de l’autre. Or depuis l’essor du numérique, la communication passe par l’exposition permanente sur les réseaux sociaux de photos illustrant chaque instant de la vie de l’individu connecté qui « partage » une multitude de représentations de lui-même dans l’espoir de recevoir en retour le plus grand nombre de like, de félicitations ou d’encouragements possible. Vive est alors la tentation de diffuser une image améliorée de soi-même, voire d’échanger sous plusieurs identités, créant ainsi cette représentation de soi plurielle et changeante et souvent fausse, dénoncée dans ces vidéos, comme l’explique Sampedro : « El arte de hoy, con todo el fenómeno de las redes sociales, ofrece la auto afirmación del individuo, escondiendo en realidad una perversa maquinaria de auto-censura y castración16». La représentation que l’individu donne de lui-même et à partir de laquelle il s’identifie, n’est plus uniquement celle restituée par le miroir mais celles, plurielles, fantasmées et changeantes qu’il crée et diffuse à la recherche d’une viralité17 maximum. C’est ainsi qu’il se crée un alter ego ou plus précisément un alter-portrait, une identité numérique découlant selon Rémy Potier, d’un « rapport à l’altérité tout à fait singulier et nouveau, portfolio de collections d’amis venant signifier une popularité » (Potier, 2012). Les représentations peuvent ainsi être trompeuses et proposer des identités non seulement falsifiées mais aussi multiples, qui sont autant de manipulations du réel et de sources d’angoisse pour l’individu connecté. Pour Couchot et Hillaire, la représentation du « sujet contemporain, nomade ou “expansé” sur l’Internet » pose la question de l’identité et de l’altérité, puisque relevant « de plusieurs régimes d’appartenance », il ne connaît de lui « qu’une image fragmentée, morcelée, voire, comme c’est le cas avec les avatars, une identité d’emprunt » (Couchot, Hillaire, 2003, p. 51-52). Aux corps morcelés et fuyants s’ajoutent, dans les vidéos de Sampedro et Gropius, des références au mythe de la Caverne qui alertent précisément sur la manipulation des représentations et les faux semblants. Les premières images de Metaversal drawing représentent des neurones puis une activité cérébrale alors que la bande-son, empruntée au groupe The Architect18, compare les images et les pensées à des personnages évoluant sur une scène de théâtre à l’intérieur de la boite crânienne. Ce qui suit serait donc à lire comme le produit de cette activité cérébrale. Le début de cette vidéo est à mettre en relation avec la fin de la vidéo de Sampedro, lorsque le couple de décharnés ressort de l’intérieur du corps et débouche au fond d’une caverne, métaphore de l’allégorie de la Caverne de Platon19, lieu d’images déformées, de reflets de la réalité, illusion dans laquelle vivent les hommes prisonniers de leurs croyances. La vidéo s’achève sur l’image non virtuelle d’un homme et d’une femme, âgés, assis à l’entrée d’une grotte. Il dénonce ainsi ce monde saturé d’images composées ou rectifiées qui selon Couchot et Hillaire « ont envahi à ce point notre environnement quotidien qu’elles finissent par faire écran à notre vue » (Couchot, Hillaire, 2003, p. 53).

14 C’est avec cette même grille de lecture que doivent être abordées les représentations de personnalités politiques que l’on trouve dans chacune des vidéos : le mausolée transparent de Lenine, un volumineux Trump débordant de son fauteuil dans le bureau ovale et un Anonimous dont le visage s’avère être similaire au masque censé le cacher dans Metaversal Drawing ; un morphing mêlant Hitler et Einstein, et une interprétation de l’Enlèvement d’Europe avec des corps noyés sous la lumière de projecteurs, dans LATEИTE. Une critique des faux semblants et de la manipulation du discours politique que l’on retrouve également dans d’autres œuvres de Sampedro comme The real fake20 interrogeant sur la réalité du mensonge, Bandera de España contemporaine des événements du 15-M et du mouvement des Indignés en Espagne en 2011, et qui laisse apparaitre le vrai Madrid à travers un trou découpé dans le drapeau espagnol ou encore la série Sangre azul réalisée en 2013 lorsque la famille royale espagnole traverse une crise inédite :

Cuando comenzó esta última crisis económica y política en España, me dije : por el comportamiento de los políticos y la corrupción, tiene toda la pinta de que en esta gran familia, la culpa sea del padre. Poco después encontraron al padre, cazando elefantes. Así el Rey abdicó, acorralado por las miserias de una ejemplar familia desestructurada21.

15 C’est ainsi que Sampedro nous présente un roi aux oreilles d’éléphant assis sur un trône pastèque qui finit par exploser, comme dans le conte de Cendrillon lorsque les douze coups de minuit mettent un terme aux faux semblants et que le carrosse redevient une simple citrouille.

Conclusion

16 Paradoxalement, donc, les images virtuelles deviennent chez Gropius et Sampedro un moyen d’alerter sur la manipulation des représentations : en révélant tout d’abord ce que nos yeux ne sont plus capables de discerner, aveuglés qu’ils sont par les images que les marionnettistes contemporains (les médias, la publicité, les politiques) nous proposent ; en dénonçant la représentation falsifiée de nous-mêmes que nous créons sur les réseaux sociaux dans lesquels n’apparaissent finalement que nos propres avatars, fruits du dictat des normes culturelles et traduction d’une autocensure castratrice. En invitant enfin, au contraire, à ouvrir le champ d’utilisation de la réalité virtuelle, au-delà de la science-fiction et de la manipulation, vers un usage virtuellement intrusif, facilitant la représentation de l’invisible, de l’indicible, et donc, paradoxalement, d’une autre réalité. Utiliser, comme le revendique Sampedro, « le post-humanisme en représentant l’humain par des êtres non humains pour attirer l’attention des supposés humains ; le fake en se servant d’éléments artificiels pour représenter la réalité et capter l’attention d’un interlocuteur réel ; des machines pour nous exprimer parce que nous sommes déjà des robots dirigés par des machines qui surveillent nos mouvements et nos pensées prévisibles qui, malgré une apparente auto-affirmation, manquent d’individualité22 ».

17 Une invitation à la défiance vis-à-vis des apparences, qui nous conduit à nous demander jusqu’à quel point, Sampedro et Gropius jouent avec les faux semblants et pourraient aussi se jouer de leur public, tant leurs intentions sont semblables, même si leur style est différent. Au point de proposer, pourquoi pas, une expansion virtuelle d’un seul et même artiste à l’identité numérique morcelée, mais dont la réalité se verrait augmentée de toutes les possibilités déculpabilisantes et désinhibitrices offertes par une « alter-représentation » ?…

Bibliographie

Alonso Rodrigo, « La balada del navegante ; Apuntes para una estética de los soportes digitales », publicado en Jorge La Ferla (ed). De la Pantalla al Arte Transgénico, Buenos Aires, Libros del Rojas, 2000.

Couchot, Edmond, Hillaire, Norbert, L’art numérique, Paris, Flammarion, 2003.

Damour, Franck, La tentation transhumaniste, Paris, Salvator, 2015.

Dumousseau Lesquer, Magali, « Regards sur la “faune” de la Movida. Pablo Pérez Mínguez, du “safari photo” au “désétiquetage” », in Catherine Orsini-Saillet et Alexandra Palau (dir.), Identité/Altérité dans la culture hispanique aux XXe-XXIe siècles, Hispanística XX n° 29, Université de Bourgogne, 2011, p. 161-170

Dumousseau Lesquer, Magali, La Movida, au nom du Père, des Fils et du Todo Vale, Marseille, Ed. Le Mot et le Reste, 2012.

Frizot, Michel, « L’image inverse », Études photographiques, n° 5 [en ligne] nov. 1998, [https://journals.openedition.org/etudesphotographiques/165 (consulté le 26 novembre 2018)]

García Alix, Alberto, De donde no se vuelve, Madrid, La Fábrica, 2010.

García Alix, Alberto, Moriremos mirando, Madrid, La Fábrica, 2008.

Marin, Louis, De la représentation, Paris, Galimard, Le Seuil, 1994.

Ouvrage collectif, « Le transhumanisme », Éthique, politique, religions, 2015-1, n° 6, Institut de Recherche philosophiques de Lyon, Paris, Classiques Garnier, 2015.

Potier, Rémy, « Facebook à l’épreuve de la différence. Avatars du narcissisme des petites différences », Topique, vol. 121, n° 4, 2012, p. 97-109.

Potier, Rémy, « Imagerie médicale et art contemporain, rencontres autour d’un corps virtuel », Recherches en psychanalyse, Psychanalyse, corps et Société, Université Paris 7- Denis Diderot, 2011/2, n° 12, p. 130-139.

Sampedro Martín, « La esfera mágica, LATEИTE » introduction au catalogue de l’exposition, LATEИTE, En el sueño de seres invisibles, vol. 1, Madrid, Estudio Sampedro, 2015, p. 10-13.

Notes

1 Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication.

2 Il n’indique aucune donnée biographique et mentionne uniquement un studio qui se situerait à Florence, en Italie.

3 Appelé également XeroxArt. Mouvement qui apparait aux États-Unis dans les années 60 et se développe dans les années 70, puis en Europe dans les années 80, et qui consiste à détourner l’usage des photocopieurs pour créer des œuvres d’art.

4 Martín Sampedro, né à Santander en 1966, est un photographe autodidacte qui s’est formé notamment auprès du photographe madrilène Pablo Pérez Mínguez. Il a dirigé le Taller Escuela de Fotografía « El Matadero » de la Fondation Colegio del Rey tout en travaillant pour des agences publicitaires. En 1992, il est sélectionné pour la Muestra de Arte Joven. Il reçoit plusieurs prix internationaux pour ses campagnes publicitaires notamment pour celle du Turismo de Europa en 1993, du Turismo de Andalucía en 2001, de la lutte contre le Sida à l’initiative de la COGAM, ainsi que pour les publicités qu’il réalise pour les marques Terra, Kodak, Ford, Toyota, Hyundai, Kia, Mercedes et Jaguar, qui font de lui un des photographes les plus reconnus dans le domaine de la photographie automobile.

5 Phénomène socioculturel qui apparait à Madrid à la mort du général Franco et signifie le réveil culturel de l’Espagne après 40 ans de dictature.

6 Martín Sampedro, LATEИTE, el libro. À voir sur vimeo.com.

7 Martín Sampedro, Leandro Taub, LATEИTE. Martín Sampedro, un guerrero que provoca nuestra expansión. Version courte réalisée pour le XVIIe Congrès de l’Institut International de Sociocritique, Montpellier, juin 2018 ; https://www.martinsampedro.com.

8 Exposition du 14 octobre au 07 novembre 2015, Mondo Galería, Madrid.

9 Entretien avec l’auteure, le 07 avril 2011, Madrid.

10 Idem.

11 « Lo hipnótico es lo estético », Fototexto de Pablo Pérez Mínguez.

12 « Représenter signifie d’un côté substituer un présent à un absent […]. Mais il existe une autre signification selon laquelle représenter signifie exhiber, montrer, insister, présenter en un mot une présence. Dès lors c’est l’acte même de présenter qui construit l’identité de ce qui est représenté, qui l’identifie ». (Marin, 1994 : 254-55).

13 Raygropius.com

14 Les maillages filaires permettent, en infographie tridimensionnelle, de représenter des objets tridimensionnels organisés en polygones, sous forme de fils.

15 Le terme de « métavers » est utilisé par Neal Stephenson dans son roman Le Samouraï virtuel en 1992, où il désigne un boulevard imaginaire auquel le personnage principal peut accéder par l’usage de lunettes de réalité virtuelle.

16 Entretien avec l’auteure, le 15 mars 2018.

17 Propagation de l’information sur les réseaux sociaux.

18 The Architect, « Les Pensées », album Foundations, 2013.

19 La République, chapitre VII.

20 Exposition collective « The Real-Fake.org 2.0 », 19 novembre-17 décembre 2016, BronxArtSpace, New York.

21 Entretien avec l’auteure, le 15 mars 2018.

22 Entretien avec l’auteure, le 10 mars 2018.

Pour citer ce document

Magali Dumousseau Lesquer, «Réflexions autour du concept de álter-retrato dans l’art numérique à partir de l’analyse des vidéos LATEИTE (2018) de Martín Sampedro et Metaversal drawing (2017) de Ray Gropius.», Sociocriticism [En ligne], XXXIV 1-2, 2019, mis à jour le : 19/04/2020, URL : http://revues.univ-tlse2.fr/sociocriticism/index.php?id=2822.

Quelques mots à propos de :  Magali Dumousseau Lesquer

Magali Dumousseau Lesquer est agrégée d’espagnol, MCF en civilisation contemporaine espagnole à l’Université d’Avignon. Spécialiste de la culture underground madrilène des années 80 à laquelle elle a consacré une thèse et une vingtaine d’articles, ses publications portent sur les pratiques artistiques alternatives (musique punk rock rap, BD, peinture, cinéma, mode, photo, art numérique) en période de crises politiques, sociales ou économiques en Espagne, et s’articulent autour des notions d’identité, marge, patrimoine, transgression, politique et mémoire. Rattachée au laboratoire ICTT de l’université d’Avignon, elle est également membre associé de l’IRIEC de l’université Montpellier III, du GRES de l’Université de Nîmes et adhérente du GRIMH de l’Université Lyon II. Principaux ouvrages : Agatha Ruiz de la Prada, Paris 1999-2014, Fundación Agatha Ruiz de la Prada, Madrid, 2014 ; La Movida, au nom du Père, des Fils et du Todo Vale, Le Mot et le Reste, Marseille, 2012.

 

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Portrait: Giedrius Petrauskas, at POST Gallery. Kaunas

 

“Perhaps the gesture trigger the shutter of a camera is a conscious decision to catch something memorable and embalmed for preservation as something true. Instead the truth is latent, and the creation it is invention.”

 

In October 2015 Latent exhibition was presented at the gallery Mondo in Madrid. A few months later, the expanded collection with the video installation “The Rape of Europa” and some other photographs from the book, has been exhibited in the POST gallery at Kaunas, Lithuania. It is the beginning of a roaming I trust expands the horizons of sampedrismo and the New Photography.

-But why so far, my son? (Said my mother).

She’s right thinking that it will cost effort to lead exhibition so far, but the satisfaction of seeing the collection well exposed on the eyes of hundreds of people absorbed, reinterpreting images with his smart phones, it is the best tribute we can do to the Latent world. So keep working to trip the collection to more destinations to show internationally.

Giving birth image is an effort of self-acceptance. The image is revealed and tells you something, maybe of the future if you know understand. When you don’t know, just let time to recognize the signs. At least in my case, photography has been the vehicle that intuition leads me to know new worlds, new lights and new ways to build my own existence. The Photography gives me Life.

Share your own view, do physical the virtual, materialize, monetizing, frame, glass, packaging, teleportation, expectation, reconsider… The process of displaying images hanging of a wall is an experience that challenges time. ¿Will last the image so many years as the wall? There are images that pull down walls and walls that devour any image. What are the criteria for determining right or wrong? Why or why not, is something that we undertand faster, at first sight, but obviously it is, we’d know not to say the because of. That exercise of showing pictures hanging on the wall, makes the image as solid as the wall that sustains it. So as the years pass, when a photograph is iconic, don’t want to leave his anchors.

From cultural insecurity, their ministries, the walls of virtuality and social networks where we live, to the walls of the real world, castles, museums, graveyards, borders, deceased, where we dream in life without gravity secured by the Nails of Christ and the screws of the sacred photographs . The Photography gives me Life but also gives me grave.

Martin Sampedro,  28/08/2016

 

Press Articles:
https://anti-utopias.com/art/martin-sampedro-latente/

http://www.quesabesde.com/noticias/martin-sampedro-entrevista

http://kauno.diena.lt/naujienos/kaunas/

 

Radio Nacional de España. Salimos por el mundo – Martín Sampedro.

Latente Book: LATENTE “En el sueño de seres invisibles” Textos de Martín Sampedro, Leandro Taub y Antón Fernández de Rota. Encuadernación tapa dura 31 x 31 cm. 200 páginas. Edición limitada, firmada por el autor.

 

Thank you very much to Andrius Pukis (Director of POST Gallery), Diego Alonso (Director of Mondo Gallery ), Jarek Ros (Coordinator), Girl Yhared (Performer) and all the friends and fans who have made posible this great trip. Photographs by Lina Pranaityte and Martin Sampedro.

 

 

 

«The Rape of Europe»

Raptar a una mujer es fácil por muy continental que sea su nombre. Lo mismo sucede con los conceptos, las ideas, las imágenes, la patentes, los sistemas, todo puede ser raptado secuestrado, conquistado, manipulado, fusilado, plagiado, envasado, vendido y devaluado, cuando se vive en la avaricia y se dispone de un batallón de mediocres paniaguados que simulen la tempestad perfecta.

Esta fotografía «El Rapto de Europa» que forma parte de la colección Latente, es una puesta en escena con la que recreo el mito griego en el que Zeus se convierte en toro para «salvar» a Europa, llevándola al huerto en sus lomos.

Al igual que Hans Bellmer fue capaz de construir una iconografía estrambótica para preservarse de la dominación Nazi, mi excéntrica Nueva Fotografía, se construye con otras luces, para librarme de los raptos, secuestros, y huertos en los que vivimos adormecidos. Llámese Europa, Ciencia, Patria, Fotografía, Economía, o Energía, la evolución depende de nuestra capacidad de inventar  o intuir nuevas luces y palabras.

Esta crisis de los refugiados, la mayor crisis humanitaria desde la segunda guerra mundial, se adentró en Latente antes de que sucediera. La intuición es latente, lo dice Stephen Hawking “las máquinas no traerán un apocalipsis, pero la avaricia humana lo hará”. Martín Sampedro

 

«Cuando cuente hasta diez estarás en Europa»

Antón Fernández de Rota. A Coruña, octubre de 2015. (Extracto del libro “LATENTE” de Martín Sampedro)

 

Es de noche y un tren avanza. El tren no se ve. Solo las vías. Unos metros de vía iluminados; el resto es oscuridad. Los raíles pasan rápidos y monótonos, como el parpadeo mecánico que acaricia la pupila perdida en el orificio profundo del lobotomizado. Una voz en off se dirige a ti, cálida, pausada y grave: “Cuando cuente hasta diez estarás en Europa”.

 

Uno…

Europa no se ve tan fácilmente. Requiere preparación. Hay que aclimatar la vista y el oído, en la cadencia propia de lo onírico. Ευρώπη. Mitología. Rapto. Una mujer fenicia seducida por Zeus, engalanado para la ocasión vistiendo el cuerpo de un toro. Enamorada, Zeus se la llevó consigo a Grecia montada a su lomo, como en el cuadro de Moreau, donde el cuadrúpedo conserva un rostro humano para mirarla, con dulzura comprensiva, a los ojos. O tal vez Ευρώπη, la mujer engañada por aquel dios —“ignorante de a quién montaba”, según Ovidio—. Peor: Europa, mujer, fenicia, hija del rey, monarca en la œumene otra por antonomasia, mujer y asiática, secuestrada y apropiada. Esta es la versión de Herodoto. La imagen elegida por Tiziano. Pintada toque a toque, al son de los golpes que manchan el lienzo con los colorantes disueltos en el aceite, con un fondo de brochazo largo, cuya tensión de conjunto, caótica, tan solo el concierto cromático logra recomponer. Y el tren avanza.

 

Dostres…

Cuatro versiones de Europa, corriendo un velo sobre la mujer. Nos dicen que Europa es porque no es lo que fue. No hay rapto, menos aun mitología. Europa es una Civilización. Europa es un hecho histórico, un dato de positiva materialidad que existe por sí misma y no tiene necesidad de ir a buscarse fuera-de-sí. Contención. El coro de voces sigue acoplándose en canon. Grecia, o la Europa política y filosófica. Roma, o la Europa política y legal. La cruz de Europa, una cultura anclada al territorio signado por el chorreo de la sangre sacrificial. Y algo más, que por prudencia no se habitúa a decir en voz alta; un caudal de murmullos la definen en su susurro como una variación tonal: Europa, un color, blanca y no negra.

Imposible aceptar desde esta óptica el oscurecimiento propuesto por el historiador Martin Bernal, que sostenía lo siguiente. Durante siglos, incluidos los que comprenden sus periodos heroico-mitológico y filosófico-democrático, Grecia, más allá de sus conflictos orientales, fue imaginada como parte de una misma, basta y difusa área cultural egipcia y semita; solo a partir del XVIII pudo blanquearse la polis e imponerse la visión aria.

Nuevo rapto de Europa. Rapto ahora de su cuna, separada de sus dos hermanas, Asia y África.

 

Cuatro…

La última vez que Europa fue mujer, políticamente, lo fue sobre el mapa, antes de que al cuerpo del continente le naciese un Norte noble y un Sur grosero. El cartógrafo Sebastian Munster la representaba de pie. Europa Regina. En Iberia queda su cabeza coronada. Italia es el brazo que sostiene por Sicilia el orbe con la cruz. La otra extremidad escandinava, agarra con sus gélidas costas el cetro. La Galia es su pecho. Germania, su corazón. Sus faldas caen por Hungría y Polonia hasta tocar el suelo en Grecia y Moscú. Pero entonces se disipa, abrupta, la ensoñación de los Habsburgo. Europa es cisma. Un hachazo que la abate.

En lo sucesivo permanecerá por siempre en posición horizontal. Tumbada y desmembrada. Así lo sanciona Westfalia. Por más que el sueño cesáreo de la recomposición imperial siempre esté ahí, latente, y que de sus quimeras nazcan todos los bonapartes y los hítleres, y los señores de la Santa Alianza que ahora mueven los hilos de la Comisión Europea y el Banco Central; y la latencia de la latencia, que redescubre razas urálicas y helenas, ante la desesperación de los refugiados que escapan de sus tierras arrebatadas por las guerras gringas y europeas, arribando, desde Siria, a las tierras donde el Jobbik enarbola el estandarte y espumea, frente al antiguo sol y león persa, el Amanecer Dorado.

 

Cinco… seis…

La máquina que se confunde con Europa se abre paso pesada. Como el tren en la Europa de Lars von Trier, en el tramo final de una trilogía organizada en torno al elemento del crimen que es la latencia de todos los raptos de Europa. El tren soporta la carga de las sanguijuelas y las serpientes que se arrastran y se enroscan en sus asientos, amenazando al Juggernaut metálico con hacerlo descarrilar.

Europa viajó a paso de conquistador antes de recorrer los caminos de hierro. Bodas, primero, del Cielo y de la Tierra, en la imaginación de Colón, quien a orillas del Orinoco creyó haber descubierto el septentrional Paraíso perdido de Eva y Adán. Y un rápido intento de divorcio, exigido por Sepúlveda al dudar de la humanidad de los salvajes, ante el enfado del obispo de Chiapas. Las diatribas de Sepúlveda y De las Casas giraban en torno a esta cuestión: ¿hay un alma ahí, en ese cuerpo desnudo que habitan los salvajes? Pero ahora los europeos ya no se hacen este tipo de preguntas.

Una migración conceptuallas llevará desde una escisión de la humanidad de corte espiritual a otra material. La primera, religiosa, distinguiendo entre quienes están cerca o lejos del cielo por su constitución corporal. La segunda, geográfica, durante la Ilustración.

A la altura de Montesquieu los continentes se rompen en la verticalidad de la línea que va del Norte hasta el Sur. Gracias, paradójicamente, a la ayuda de quienes quedarán subordinados en esta nueva cartografía y climatología política. ¿Acaso no fueron los naturistas americanos, criollos e hispanos, quienes primero ofrecieron la taxonomía, aunque fuese para legitimarse ellos mismos?

La ciencia criolla dice: el temperamento colérico de los hispanos, en el propicio clima americano, se compensa con la humedad de las indias, surgiendo de lo flemático y de lo colérico una constitución sanguínea superior. Y Montesquieu replica un siglo después: observen los frutos cultivados en los climas germánicos; la racionalidad de sus leyes surge del clima que enfría las pasiones; la vieja ley germana, calculadora, exacta y diáfana: “el hombre que destape la cabeza de una mujer habrá de pagar seis sueldos, quien descubre la pierna hasta la rodilla también, y el doble si levanta el vestido por encima de esta articulación.”Observen ahora que ocurre en España: el calor nubla la razón, concluye Montesquieu. El sexo extiende su imperio. El Sur se entrega a la venganza en una espiral de violencia con su punto de origen en el adulterio, que inflama igualmente la imaginación de sus legisladores, recelosos de un pueblo pasional, tan vago y corrupto como ellos mismos lo son.

De esta climatología imaginada nace la primera figuración de aquellos dejados al Sur, y que hoy el Norte, siempre necesitado playas cálidas, prefiere llamar cerdos, haciendo chistes con el acrónimo “P.I.G.S”.

Si se quiere, se podrá representar así otra trilogía europea. Uno, dos, tres. El primer episodio lo protagonizan los conquistadores, el segundo los lumières, y el tercero… El tercer acto no ha terminado aún. El tren.

 

Siete…

Europa bífida, como la lengua de una serpiente. Europa del Norte y Europa del Sur. El pensamiento-víbora se duplica otra vez esparciendo su veneno al otro lado del océano. América del Norte y del Sur. Bipartición cargada con todo el simbolismo que arrastran los siglos y los milenios. Norte y Sur. El cuerpo ligado a la tierra y el que se alza hacia los cielos. La parte inferior del cuerpo: la barriga, las vísceras, el ano, los genitales. Las peligrosas fuentes de la pasión, que emponzoñan la razón cerebral. El vientre y el bajo vientre, la parte animal donde imperan y acucian las necesidades que ponen en peligro la corona de la mirada humana, allí donde el alma brilla con dios, enturbiando la pupila, difuminando así la distinción que separa lo humano de lo animal.

Las fiestas de los bobos y la risa pascual, la fiesta del asno y el carnaval, medievales y renacentistas. La inversión de lo cotidiano. La perversión de lo alto y lo bajo. La apertura del cuerpo en el realismo grotesco. El labrador que engulle al papa en la parodia, para ponerse en su santa piel. La vaca que duerme en los aposentos reservados a los amos. La mujer que abandona los ropajes que le son asignados. Quien se disfraza de animal, para comportarse por un día como tal. Corporalidades constructivistas. Grotescas, porque para entrar en comunión con el inferior absoluto, y subvertir las diferencias de naturaleza y de rango, necesitan deshacerse de la integridad. Mijaíl Bajtín: “el énfasis está puesto en las partes del cuerpo en que éste se abre al mundo exterior o penetra en él a través de sus orificios, protuberancias, ramificaciones y excrecencias tales como la boca abierta, los órganos genitales, los senos, los falos, las barrigas, la nariz”. Roto el cuerpo, adquiere profundidad.

Lo contrario de la pornografía, que jamás es grotesca u obscena. Que no es profunda sino plana, incluso cuando bucea en las jugosas cavernas del cuerpo.

Demasiado higiénica, la pornografía resulta en exceso científica para resultar grotesca… o erótica. Boris Vian: “el erotismo requiere una obscenidad ligeramente sublimada, una obscenidad poética”. Que es lo contrario de la exposición industrial del corte en serie de la carne a lo largo de los planos pornográficos; o científica, a la manera de la toma ginecológica del coño abierto o de la sonda en la que se convierte el pene lubricado bajo los focos que lo filman durante la penetración bucal, anal o vaginal. Carnicería fotográfica de la anatomía científica, una verga, unos pechos, el agujero del culo, mostrados por separado, pieza a pieza, en un plató tan densamente iluminado como el quirófano. El erotismo se baña en las aguas del misterio, necesita algo de oscuridad e indecibilidad, para mostrar atmosféricamente lo que no se ve. El porno, como la vieja ley germánica, lo expone todo y lo muestra parte por parte, iluminando las zonas con una misma luz. Tiene el encanto y la misma efectividad que la estantería de productos en un supermercado. Fácil, rápido, apetecible, despersonalizado, inventariado y categorizado, adecuado a las exigencias faltas de tiempo del just in time.

La Europa que viaja en el tren, por la tercera entrega de la trilogía, es pornográfica. El campo de concentración nazi lo fue, todo él, y no solo las Divisiones del Gozo, hechas de mujeres judías recrutadas a la fuerza para ser violadas por los oficiales. Facebook, Twitter y Tinder también lo son, pero de un modo interesante. Todos mentimos, y lo sabemos. Plena exposición de cada uno de nuestros instantes otrora íntimos, pero falseados. Y de ahí su atractivo, que ofrece a la pornografía del selfie regulada por la ciencia del logaritmo una pizca de misterio erótico y de jugueteo cínico. El tren que avanza, transita alocado ahora los viales de las redes sociales. Pero las segregaciones de la serpiente son susceptibles de volverse aquí pharmakon. Platón: el veneno que es remedio a la vez.

 

Ocho…

Una nueva representación del rapto: Latente, la obra de Sampedro. Los cuerpos del porno son demasiado reales para ser perfectos. Los que crea el fotógrafo, demasiado perfectos para ser reales. La latencia, en el mejor de los casos, es lo único que aquí es real. Versiones de Man Ray, envueltas en flujos digitales para desvelar el sonido oculto de su sensualidad. Escher erotizado. Y las muñecas de Bellmer… Aquí la clave.

Bellmer las armaba para vengarse de su padre nazi. La muñeca de múltiples pechos. La muñeca que toda ella es partes. Partes que pueden ser ensambladas una y otra vez, para descubrir la mecánica del deseo.

Bellmer seguía los pasos de Kleist, cuyo relato sobre el teatro de las marionetas había ilustrado. El mundo orgánico, escribía aquél, se está debilitando, pero el bailarín podrá aprender de estos extraños muñecos para renovar su arte. No hace falta individuar las partes de cuerpo atándolas al titiritero con una miríada de hilos. Cada movimiento las gobierna desde su propio centro de gravedad, en el interior de la figura, dibujando curvas maravillosas, ofreciéndole al humano posibilidades corporales insospechadas. Tal vez por esta imagen el Kafka de la Metamorfosis admiraba a Kleist. Quizás hubiese que alinear la poupée Bellner y las imágenes de Sampedro con otras marionetas más: las bunraku del teatro japonés, interpretadas por Barthes en El imperio de los signos, con su espectáculo de cuerpos desagregados.

¿Qué son todas ellas? El problema del pharmakon. Las imágenes de Sampedro asumen la forma del Cubo en la película de Vincenzo Natali, para invertir su funcionamiento; un cubo que bien puede ser tomado, como sugería Peter Flemming, crítico del management, como metáfora del mundo laboral actual.

Nunca se entra ni se sale de sus entrañas. Todo ha empezado antes de comenzar, y jamás acaba nada. Ni siquiera termina cuando la puerta de la oficina se abre y la traspasas y das el primer paso en el interior de tu casa. Un cubo da a otro cubo, dentro del mismo rompecabezas. Llamada del jefe al anochecer, cuando combates contra el sueño entre los cojines del sillón. Revisión del e-mail del trabajo mientras desayunas. Ni siquiera al dejar el empleo abandonas el cubo de cubos, pues ya estás atrapado en el continuo acto de invertir en tu capital humano para seguir adentrándote en aquello de lo cual nunca has salido. Cada habitáculo tiene una salida, sí, pero va a dar a otro más. Y estas habitaciones se mueven periódicamente, gobernadas por un logaritmo indescifrable, cambiando su posición para evitar que recuerdes el camino por el que has avanzado, si es que un día quieres recorrerlo hacia atrás.

Frente al Cubo de Natali, estas otras imágenes: “Psiquis y Cupido”, “Homos”, “La chica Golem de Bellmer”, “Andrógino amamantando dos medias naranjas”, “La muñeca de Hans”. Armadas con la audacia de Bellmer, Sampedro convierte el cuerpo en el exacto opuesto de aquella sádica colmena mecánica. La articulabilidad de las piezas es índice de libertad, en tanto que liberación de posibilidades. Y ello, gracias a un flirteo descarado con lo pornográfico, que prefiere abrazar su código para someterlo, antes que retroceder asustado ante la omnipresencia pornográfica; abrazarlo, antes que entregarse a la imposible tarea profiláctica de su condena, o a la inútil declamación del exorcismo, como la del impotente beato que se pertrecha tras un crucifijo, sin poder apartar su mirada deseante del catre donde se convulsiona la poseída.

Es mejor jugar en el dominio de lo pornográfico. Aceptar sus términos y desviarlos para llevarlos a otro lugar. Convertir la sobreexposición en latencia, reenviando el cuerpo desde los ámbitos de la ciencia y del supermercado de regreso al mundo de los sueños. La fragmentación, por el exceso numérico de partes y por el mezclado de cuerpos y órganos, termina por infectar la carnicería anatómica y el higienismo pornográfico con un realismo grotesco extraído del fantasioso reino del carnaval. Doble movimiento. De lo real a lo onírico y de lo onírico a lo real.

 

Nueve…

“La llave del paraíso/Swastica”, así se llama la imagen de Sampedro en la que dos cuerpos femeninos semidesnudos y unidos por sus nalgas, forman con sus piernas el símbolo indio del que se habían apropiado aquellos viejos nazis que llenaban el ferrocarril de Lars von Trier. El tren de la Europa raptada. El tren de las sanguijuelas sedientas de sangre y de todas las serpientes bífidas empeñadas en partir la tierra en dos, a imagen de sus lenguas venenosas, que han querido colocar un Norte siempre por encima de un Sur, incluso en el teatro pornográfico, alérgico a la obscenidad.

Ευρώπη, mujer, raptada, apropiada por el impulso sexual de un dios. Al fin, rapto pornográfico, dios raptor raptado, por una exuberancia de ciencia y de mercado. Ya se escucha el tic tac que preside la estación. Llegamos a la parada final. Y nos topamos en el andén con los mil cuerpos de lo grotesco, que asedian, como el viejo fantasma del aquél manifiesto, las fantasías y pesadillas de una Europa a la que estás a punto de entrar, y de la que nunca hemos salido, y que se tambalea mientras sus ruedas hacen a las vías chirriar.

Antón Fernández de Rota. A Coruña, octubre de 2015

Descargar el Libro “Latente

 

 

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Public Issue Blue Blood

 

 

“…sólo artistas raros y ajenos a la institución y el sistema, ajenos a las servidumbres como Sampedro, pueden ofrecer las lecturas correctas que necesitamos los ciudadanos que aspiramos, hoy en día, a seguir siendo libres. Aunque sea a través de un recurso aparentemente tan simple como el de decirnos que “el Rey está desnudo”. O mejor dicho, la Monarquía entera. Porque en los últimos capítulos de su extensa y variada obra, el amigo anda empeñado en mostrar una y otra vez las vergüenzas de nuestra Familia Real, y, por extensión, las de todos sus súbditos.” David Casas Peralta.

 

martin sampedro platos 01
Martin Sampedro. Galería Mondo. 2016

 

 

Adam & Eve Loop Portrait

Adam & Eve Loop Portrait

Installation, “Te Strangeness of Being”. Variable size media. Audio and video loop for two independent monitors or projectors. One for Adam and another for Eve. Martin Sampedro. 2010.

 

 

Thousand Faces of Dulcinea

The ideals are not reached with the eyes but with the heart

Why Dulcinea? Villager, maternal, feminine, eccentric, generous, submissive, rebellious, multiple personality, unique personality, wild nature, seductive, glib, unattainable, Empress of La Mancha, Lady of his Thoughts … Reality or fantasy ?.

I dont know the formula for success but understand that for someone to become an icon must have a physical and chemical composition that challenges the standards and laws of the time. It is essential to have a memorable name, mentor, biographer, photographer, supporters, detractors, affected, critics, Quixotes, Sanchos … and attesting fans.

I guess the simplicity and extraordinary nature of Dulcinea (Pin-up), it was so enigmatic in the eyes of Don Quixote as the witch Cenotia or Aldonza Lorenzo were for the look of Cervantes. Miraculous woman, witch, binder, explosive; different ways to look in the mirror and recognize; women, mother, father, androgynous, reflections, shadows, the mysteries of life, … the fate and circumstances.

Shaped woman, symbol of their highest ideals of love, the hidalgo rests in a comfortable platonic horizon of clouds. Madrid, April 27, 2016. Martin Sampedro.

The work “Dulcinea Iconic” consists of a piece of looping video and printed photographs. It shows a heroin woman in continuous transformation. Idealized mirror vessels reveal the many faces of the iconic personality of Dulcinea. With this audio-visual I have tried to offer a dreamscape in which to let flow the viewer’s imagination, like a mantra, no more claim to move them to the space of illusion, ideals and dreams. Comfortable platonic horizon clouds on which to project our own dreams and desires. The work has been carried out with photographs, 3D authoring techniques and video postproduction.

 

Audio and video: “Dulcinea Iconic” Video Loop 3’30. Author: Martin Sampedro. Year: 2016

The work “Dulcinea Iconic” consists of a piece of looping video and printed photographs. It shows a heroin woman in continuous transformation. Idealized mirror vessels reveal the many faces of the iconic personality of Dulcinea. With this audio-visual I have tried to offer a dreamscape in which to let flow the viewer’s imagination, like a mantra, no more claim to move them to the space of illusion, ideals and dreams. Comfortable platonic horizon clouds on which to project our own dreams and desires. The work has been carried out with photographs, 3D authoring techniques and video postproduction.

«Óvulo de Dulcinea» Ready-Made. 40x40x50 cm. 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

“Ovulo de Dulcinea” es un ready-made con tinaja aceitera de metal, mechón de pelo, e instalación visual en su interior, con la que llevo la mirada a la dimensión microscópica, invitando al espectador a descubrir el génesis de Dulcinea. En palabras de Sancho: “Aldonza Lorenzo era una mujer de pelo en pecho”. Tal vez esta fuera la mas reveladora visión de Don Quijote y en ella se encuentren sus mas altos ideales de creación, feminidad y belleza.

 

 

 

 

Mil caras de Dulcinea

48 creadores, escritores, cineastas, ilustradores, músicos y actores reunidos en una exposición colectiva en torno a la figura de Dulcinea del Toboso.

Exposición “Mil Caras de Dulcinea” Comisario: Ángel Agrela. Del 16 de febrero al 15 de marzo de 2017. Sala la Lonja. Casa del Reloj. Paseo de la Chopera, 10. 28045. Madrid. Del sábado 8 de abril al 2 de mayo de 2017. El Toboso. Toledo.

 

 

El transito de Venus. Martin Sampedro

The transit of Venus

The transit of Venus By Martín Sampedro. 2012

 

 

 

“Los contrabandistas de Ronda”. Federico García Lorca and Salvador Dalí in love. Martin Sampedro, 2009

 

Latent Alter-Portraits

Latent Alter-Portraits

I will put my Spirit in you and you will live. I will attach tendons to you and make flesh come upon you and cover you with skin; I will put breath in you, and you will come to life. 
The Valley of Dry Bones.Ezekiel 37

 

 

When my friend P. P. M. wrote the headline for the catalogue of the exhibition Interior Ulterior: «Martín Sampedro: The New Photography», I was surprised by his ability to explain my work as a pioneer of anew event. The New Photography, in which I work, is not made of the daily moments which Pablo used to call “my own life”, but incorporates other lights, other life forms, hallucinations or virtual beings, as essential elements of the photography. Naming my work this way, he acquitted the taboo of the dangerousfriendship between traditional photography and the new forms of creating images in the digital era. That’s where the inverted “N” comes from: in memoryofthe magazine “Иueva Lente”, of Pablo Pérez Mínguez, Carlos Serrano and Jorge Rueda. Their recognition and example are within me when I create images and look for a way to name them; new photography, fantastic photography, magical realism or grotesque beings, in memory of my neighbour Valle-Inclán.

Could I live life without thinking about it, observing it, photographing it, naming it?

Since I can remember, spending time taking pictures has helped me to revealintuitions. As much as words can dress up an idea, photographyhelps me undress the reality. What I think is condemned to be forgotten. As I write, I forget, but images are what stay latent in my memory.  When I think of a concept, for example love, inevitably it brings to me the image of people I love.Memories, concepts and feelings have the appearance of a photograph, even without the intervention of a camera, or withoutpressing the camera shutter to catch the instant. What we think we do consciously, is made by our mind unconsciously, naturally, without any camera, developing or retouches. The subjective camera is always turned on, working in raw to show us something that is not merelyretinal; from which springsmy impure vocation to cook images, to push subjectivity to the limit.

But what happens with blind people? Don’t they cook images too?

I close my eyes to ponder this question and I see some coloured spots, energies and forms that I can’t reach… I feel my eyes blinking like a film reel, almost electric, maybe it’s the echo of the fluids beating inside of me. My jaw relaxes and starts shivering, it vibrates, jingles as if I was nervous… That’s not what I expected! I forgot to bleed the radiators and maybe the cold is shedding light on this mystery. In every grind of my teeth, flashes of holographic images pop up, weaving memories and wishes…,my eyes inundated by the emotion.

With my eyes closed, I have seen portraits and fragments of reality that take me back to my childhood, nothing strange but vertiginous. Wow! When I dress in the skin of a blind person, I hallucinate and cry as hewould do if his sight had been restored.

Is photography anything but hallucination?

After Interior Ulterior, La extrañeza de Existirand Sangre Azul, in which the human figure had been replaced by virtual beings, with the excuse of showing the different dimensions of existence, I find myself doubting whether to continue on this path. When closing my eyes to visualise the dimension of the disaster, I discover how abysmal it is to walk alone, and how lucky I am to have so many invisible friends. Those grotesque beingsthat guide me and make my work so recognisable are giving me the chance to create myown imagery.

Unwittingly they seem to provoke a conflict between the human world and traditional photography, which I would never reject, as it has been with me since childhood, saving me an infinite amount of empty words. “Latent” was that magical sensation that enlightened my imagination as opposedto the reality caught in the film rolls that hung from the shower. “Latent” is the rush to sense the miracle of life, the vital energy. “Latent” is the light that I reclaim, the light from your gaze; “You’ve come, Telemachus, you sweet light”..This sweet light Homer named in Greek as (phaos/phaeo), instead of the sunlight(phos/photos), which gavephoto-graphyits name. That was the light that lit the latent, and that’s why at some point I called my photographs: “phao-graphs”.

Thepassion humans have to imitate what occurs in nature has always caught my attention. A freshener that smells of pine, a painting that looks like a landscape, a photographthat looks like a painting, adrawing so well done that is almost real … Everything around us inspires us to deconstruct and manufacture as if we were creators. The economy, the development, the welfare, the discomfort, everything humans do revolves around the possibility to ownthat which in nature is given for free.

But we accompanyit with a white lie, a price, sometimes a death trap. We also elaborate creations and trompe l’oeilwith which we show the latent dimension of that we admire. So art, in this digital age, is visited, revisited, copied, duplicated, imitated, fondled, improved, valued, devalued, sent, stolen and given away, with the urge to postpone rather than to propose. Perhaps by triggering the shutter of a photographic camera we consciously decide to catch something memorable and preserve it as something true. However, the truth is latent, and the creation isan invention.

Will there be a new art, beyond entertainmentorshow?

I’d like this last experiment, Latente, to say something in favour of the New Photography and itsspiritual light. At last we can photograph the nonexistent,we can raise the eyesbeyond the obvious and build a reality without fear of collapse. When looking at the Latent collection of photos, after the contemplation, theonanism or aesthetic delight, I feel that to breathe, to move,to photograph and to share places or nonexistent people, respond to my necessity to meetmy Alter-ego. And to make myself understood, I have coined a new word loaded with future that describes what I do now: “Alter-portraits”.

Since Louis Dodero invented the famous calling cards with which photography became popular in the early days, the camera has seen constant innovations that have transformed the way we see and understand life. The digital revolution has only just begun. The massive development of this technology has enabled anyone to express themselves and create portraits in the easiest possible way. Soon digital cameras will be equipped with new spatial and sensory technologies that capture, represent and share what you see when you close your eyes.

So loosen your eyelids and let rise the latent. I offer this collection of alter-portraits as a homage to photography and the photographers, those of the negative, the positive, the microscope, the endoscope, the scanner, the 3D and the MRI; those of the latent hallucination, thosewho invented modern art and those who revolutionized the medicine and science based on new ways of looking at life and its different dimensionsand to the strength of their imagination.

Make this images yours, rebel, discover the magical feeling of revealing the latent, create new riddles and perhaps they can inspire and raise the dead.

Martín Sampedro,  14 de abril de 2015

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The “LATENTE” collection is shown in negative so that the viewer develops the photographic process. Through the camera of your mobile phone, you can see positive images. Use the camera by default from your smart phone, with the negative effect, or install a free application for iPhone.

 

 

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Latente is a post-photographic project inviting viewers to discover the latency of images comprised within the series of Alter-portraits.

Sampedro’s “New Photography” incorporates latent lights and life forms, hallucinations and virtual beings, to question the nature of photography today in its relation to new forms of creating images in the digital era. Inspired by Valle-Inclán, whose portrayal of figures from Spain’s political history often appealed to obscenities, ruthlessness and vulgar imagery as a means to mock the theatrical insipidity, Sampedro’s images of desire and sexuality are politically subversive and challenge the nature of photography. It would be hard to give a definition to what “New Photography” means since this is mostly a personal relationship with the photograph itself. Whether new photography, fantastic photography or magical realism, Sampedro’s work is based on a complex imagery and drastic perspectives on life that encourages an intuitive approach. “As much as words can dress up an idea,” says the artist, “photography helps me undress the reality.”

The idea of latency is thus a means to address and access the memorial qualities of an image rather than an elaborate structure of concepts that would have to do with an explicit thinking about images. “Memories, concepts and feelings have the appearance of a photography, even without the intervention of a camera or without pressing the camera shutter to catch the instant. What we think we do consciously, is made by our mind unconsciously, naturally, without any camera, developing or retouches. The subjective camera is always turned on, working in raw to show us something that is not merely retinal,” says the artist.

Sampedro’s manifest desire to push subjectivity to the limit allows him to create intuitive scenarios around the desire behind the image. These are not ‘negatives’ of the real; they reflect a different light altogether. In this sense, they are not portraits but rather the Alter-portraits of an alternate reality we are invited to discover beyond the naked visuality. While photography is a process of finding new means to reflect light across the opacity of matter, Sampedro’s images are meant to go through matter and desire, beyond what the camera records. Seeing through and into ourselves, the artist’s work is not radiographic either; it is a mental state that creates tension between our perception of the image and the reality we imagine around the given image. Sampedro’s latent photographs address the obscure nature of the psyche and disclose an illuminating process that is both technical and mental. It should come as no surprise then, that the artist’s insists on sexual imagery to seduce the viewer into his work. This has more to do with the energies and forms one cannot reach but longs for; the flickering and pulsating images in his video are a vibrating reel of imagination rather than reality. These “flashes of holographic images pop up” and weave memories and wishes together. They are visual vertigines rather than images as such.

Is photography anything but hallucination? (Martin Sampedro)

 

In envisioning the virtual being, the artist breaks away from the constraints of figuration, allowing the virtual camera to travel inside the body and across the fleshy planes as a means to explore the different dimensions of existence. The idea of latency is as much about the vital energy of matter, as it is about the germinal nature of the image itself. This, as Sampedro explains, might have to do with a distinction between phos/photos, the sunlight which gave photography its name, and phaos/phaeo, the sweet light in Homer’s envisioning of Telemachus. “That was the light that lit the latent,” says the artist, “and that’s why at some point I called my photographs: phao-graphs.” It is not a visual field that Sampedro seeks to reveal, but rather the consistency of matter as a matter of unconscious illumination. In a world that inspires us to deconstruct and manufacture, arising demiurgical pretensions over nature and the real, the artist’s gesture is meant to reclaim a certain spirituality. In this digital age, says Sampedro, “art is visited, revisited, copied, duplicated, imitated, fondled, improved, valued, devalued, sent, stolen and given away, with the urge to postpone rather than to propose. Perhaps by triggering the shutter of a photographic camera we consciously decide to catch something memorable and preserve it as something true. However, the truth is latent and the creation is an invention. I’d like this latest experiment, Latente, to say something in favour of the New Photography and its spiritual light. At last we can photograph the nonexistent, we can raise the eyes beyond the obvious and build a reality without fear of collapse.”

As we are ever closer to a moment when sensory technologies will allow us to capture, represent and share what we see when we close our eyes, Latency can be seen as a double artistic gesture: on the one hand, the artist invites to a dialogue between the possibilities offered by post-photographic media and the negative, the positive, the microscopic, the endoscopic, the scanner, the 3D and the MRI. These, as we know, have been instrumental in grounding modern art and inspiring the development of medicine and science. On the other hand, Sampedro’s Alter-Portraits confront the viewer not with an image of the other, but with an image of ourselves: our Alter-egos, our hidden desires, our intimacies, our thoughts and cravings, our very own eagerness. The latency of the image is, in fact, an appetency for our own selves. One can fall into the abysmal psyche of self-imagining and self-representations, a looping echology where one only apprehends himself and therefore nothing – or find new ways of looking at reality and the other, ways that are illuminated from the inside.

Sabin Bors, October 12, 2015